La Plume Sauvage Editions | « Tissu » et « La parole est une femme » de Dorothée Alliot Gonçalves
2958
post-template-default,single,single-post,postid-2958,single-format-standard,eltd-core-1.0.3,ajax_fade,page_not_loaded,,borderland-ver-1.13, vertical_menu_with_scroll,smooth_scroll,paspartu_enabled,paspartu_on_top_fixed,paspartu_on_bottom_fixed,wpb-js-composer js-comp-ver-5.1.1,vc_responsive
 

« Tissu » et « La parole est une femme » de Dorothée Alliot Gonçalves

« Tissu » et « La parole est une femme » de Dorothée Alliot Gonçalves

Tissu

*

Ecrire, labeur miséreux.

Nue sous les toits de Paris, Il fait froid quand j’écris.

En guenille, auteur malheureux,

Les ratures, les souris

Sont mes seules amies.

 *

Ecrire, oisiveté du riche.

Prose, vers, versets et poèmes

Tout un discours pour un je t’aime.

Je surjette, étoffe et triche

Que de velours, que de pastiches

Que d’arabesques inutiles.

 *

joy

*

Ecrire n’est pas pour moi

Qui ne suis pas de ceux-là.

Ni pauvre, ni bourgeois

Illégitime, usurpatrice

Un éventail de synonymes

Dans ma tête, s’immisce.

 *

Et ainsi, je croyais.

Mais la vie fait son œuvre,

Au détour des années,

Assise à ma table, rassemblant mon courage

Je prends une mine et me mets à l’ouvrage.

Ca y est, j’ai la preuve.

*

Ecrire, métier à tisser

Coudre les mots, broder des rimes

Tapis et draps, doux et légers,

Je les fais chauds, fluides et fins

J’ourle, crochète ou faufile

Des textes de laine et de lin.

 *

Couturière tisserand

Je suis un cœur qui se rend

Je retouche, raccommode, rapièce

Les bouts d’âme qui se blessent

De bouts d’elles décousues

J’écris mon tissu.

******

La parole est une femme

*

Les mots se bousculent

Derrière mes paupières,

Des mots minuscules

Privés de lumière

Luttent et basculent

Par-dessus la barrière.

 *

Mes larmes-véhicules

Roulent dans leurs ornières

Et charrient, somnambules,

Ces mots misères,

Puis, doucement maculent

Mes joues de poussière,

De bris de mots ridicules

Durs et amers.

*

Quand enfin la pendule

Sonne la prière,

Une chouette hulule

Appel aux sourcières,

Et des conciliabules

Montent dans les airs.

 *

Je vois alors, incrédule,

Par les meurtrières,

Que les mots s’émasculent

Et que leurs prisonnières

S’émancipent, majuscules

Et claires.

*

Dans leurs flammules,

Ornées de lettres fières,

Jamais elles ne reculent

Toujours elles se libèrent.

 *

Va, ma Parole, ondule !

Va rejoindre tes paires.

34

Texte de Dorothée Alliot Gonçalves

Images: source inconnue

Voir la fiche auteur de Dorothée Alliot Gonçalves

laurence Plume sauvage

La Plume Sauvage, directrice de la publication et éditrice

1 Comment
  • Quelle beauté en dentelles, délicate, expressive, faisant danser notre Âme! Merci belle artiste…à quand les prochaines ?

    27 mai 2016 at 17 h 35 min

Post a Comment

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Apprenez comment les données de vos commentaires sont utilisées.