Menu
Create Custom Side Menus
La Plume Sauvage Editions | « Le livre de vie de Mélissa » de Trinity
2581
post-template-default,single,single-post,postid-2581,single-format-standard,eltd-core-1.0.3,ajax_fade,page_not_loaded,,borderland-ver-1.13, vertical_menu_with_scroll,smooth_scroll,side_menu_slide_with_content,width_470,paspartu_enabled,paspartu_on_top_fixed,paspartu_on_bottom_fixed,grid_1200,wpb-js-composer js-comp-ver-5.1.1,vc_responsive

« Le livre de vie de Mélissa » de Trinity

« Le livre de vie de Mélissa » de Trinity

Elle avait 4 ans….
Son père m’avait téléphoné car il avait vu l’annonce du stage que j’allais donner pendant 7 jours pour les enfants de 8 a 15 ans à Saint Denis sur l’ile de la Réunion… Il s’agissait de la réalisation  » du livre de sa vie » en peinture et en écriture.
Mélissa, me dit-il, veut faire le stage! J’ai beau lui expliquer que ce n’est pas pour son age, elle insiste vraiment..
Je lui fis comprendre que je serai très heureuse de pouvoir la prendre mais c’était strictement impossible car il y avait déjà 15 inscrits et la plupart étaient des adolescents, que ce travail du livre me demandait beaucoup de présence auprès de chacun…
Le père comprit très bien.

Deux jours après cependant, il m’attendait à la sortie de l’atelier où je préparais mon matériel pour le lundi. Mélissa était là… Elle me regardait avec des yeux ronds comme des planètes, son père me dit en haussant les épaules :  » Je ne peux rien faire, Melissa veut faire ce stage! »
Je sentis alors comme un vent de la ese lever et sans que je pus comprendre entièrement ce qui était entrain de se passer, je me suis tournée vers Mélissa et lui ai dit: – D’accord Mélissa, à lundi matin alors!

Mélissa, comme je l avais pressenti, me demandait beaucoup de présence. Elle commença par peindre une scène sur un grand fond jaune soleil, il y avait une tombe centrale, à coté d’un arbre et une femme. On apprit plus tard qu’il s ‘agissait d’une princesse qui attendait son compagnon qui n’ était jamais revenu, il y avait aussi un vieux château de pierres à l’arrière, une forteresse abandonnée, disait elle!
Le deuxième matin, Mélissa peignit la même scène exactement!
Le troisième, le quatrième et le cinquième jour aussi..

Je m’efforçais de ne poser aucune question car c’est exactement l’axe de travail que je choisis, et c’est elle qui m’expliqua que c était le même dessin parce que ça faisait très longtemps que la princesse attendait…Et qu’elle était morte et qu’elle ne pouvait plus vivre dans son château.
Elle ajouta quelques éléments oraux qui me permettait d’écrire l’histoire entièrement fidèle aux termes exprimés et employés par Melissa.
Au sixième matin Melissa ne peignit que le fond jaune et y ajouta un grand soleil au centre, dessinant la radiance active de ses rayons avec un pinceau gorgé de peinture or.
Elle m’apporta toutes ses peintures pour que j’en couse les pages.- » Le livre est terminé » dit- elle, et me montrant le dernier dessin : – » La princesse est partie, elle est libérée et elle va retrouver son prince! »

 

*

enfant-âme

*

Le stage était finit. Mélissa était enchantée, son parcours semblait totalement complet. Nous fîmes une très belle cérémonie à la demande de tous, avec un partage visuel et oral avec les familles.. Il y eut beaucoup d’amour ce soir là, les cœurs des enfants battaient forts. Nous étions les témoins de leur fabuleux courage et de leur audace sur ce chemin de vie. Des histoires incroyables, venues du fin fond du livre de Soi… Des parents touchés, surpris, interloqués sur le mystère de ce qui était sortit.

Le stage terminé, je revins pendant deux jours nettoyer et organiser le prochain que j’allais donner pour les adultes.
Je reçus alors un coup de téléphone. Une dame en grand sanglot au bout du fil, qui m appelait depuis son poste de travail:  » Je suis la mère de Mélissa, elle ne parle que de vous, puis-je vous inviter à manger à midi? Je dois vous voir! »

J’arrivais au restaurant et elle m’attendait, le visage encore marqué des pleurs du matin.
Je compris qu’il y avait autre chose de plus invisible encore à toute l’histoire de Mélissa.
Je lui pris les mains et lui demandais de tout me dire. J’appris alors que la petite dialoguait à haute voix tous les soirs avec sa grand mère maternelle depuis qu’elle était morte et cela faisait déjà deux ans.
Que les conversations de Melissa avec la défunte la troublaient profondément, car elle parlait de choses insensées pour une enfant de cet âge, d’une histoire à répétition, d’un compagnon qui ne serait jamais revenu et d’elle qui ne pouvait sortir de sa tombe… J’appris aussi qu’avant de venir au stage, les parents avaient pris un rendez vous avec un pédopsychiatre car ils ne savaient plus quoi faire.
Elle pleurait encore doucement quand elle me dit:  » Mais voilà, depuis le stage Mélissa a retrouvé le sommeil et les conversations avec sa grand mère ont cessées! »
Elle brille comme un soleil, c’est comme une nouvelle enfant pour nous! Maintenant le problème c’est qu’elle ne parle que de vous, qu’elle veut vous voir et tous les jours, elle me demande de vous appeler! »

Je compris dans un éclair que Mélissa avait résolu quelque chose de très grand en elle à travers la réalisation du livre de sa vie, une guérison miracle comme il en arrive peu souvent.
J ‘expliquais à la maman que la réaction de Melissa de vouloir me voir tout le temps était absolument normale, que j étais l’ image enregistrée dans son coeur et dans son cerveau de celle qui, à travers cette expérience, lui a permis de se libérer.. . Je l’invitais à installer un petit atelier de peinture permanent dans la chambre de sa fille où Mélissa pourrait aller quand elle aurait envie de déposer sur de grandes feuilles blanches le flot de ce qui l’a traversait…

La tempête était passée.

La mère redressa son corps et me regarda un peu gênée. Je l’a rassurais.
Elle sortit de son sac le livre de Melissa qu’elle avait amené et me demanda d’expliquer l’inexplicable: comment a travers ces peintures similaires à part la dernière, Mélissa avait-elle pu connaitre une telle guérison?
Vous savez, lui dis-je, je n’ai pas choisi ce métier, il est venu a moi.. Et vous savez pourquoi ? Parce que je ne pouvais rien faire d autre que ce que je suis moi-meme… la liberté et son expression.

 

enfant_arcenciel

 

Je voyais dans ses yeux un intérêt s ‘éveiller, une envie d’en savoir plus. Je sentis que l’espace s’ouvrait et que les mots cherchaient une percée.
« – J ai appris ce qu’est le flot de l’expression et la véritable liberté de le laisser se dérouler comme un ruban, de le voir s’ écouler dans les moindres recoins de l être , et épouser chaque creux en nous comme dans le lit d une rivière, ses chutes , ses choix, ses chaos…. et développer cette confiance absolue qu’il y a une loi plus grande, derrière tout, au delà de nos croyances, de nos opinions, de nos interprétations, une loi qui a le pouvoir si on l’a laisse agir pour ce qu’elle est vraiment, de ré-unifier tout en nous depuis le mystère de la vie et du règne du vivant…

Quelque chose sait en nous madame, lui dis-je encore, quelque chose connait le sens. Il suffit d’apprendre à permettre son émergence et son déroulement sans intervention et d’aimer inconditionnellement son flot…et c’est dans cet espace là je crois que la guérison se fait… et la guérison est une flamme vivante, vous savez, ce n’est pas une fin, c’est juste une remise en mouvement de là où l’eau s’est arrêter de couler…en nous…

Mélissa a su donner le temps au temps. Elle ne s’est pas posée de questions. Elle a suivi le mouvement comme un papillon qu’elle suivrait sur un chemin, et elle s ‘est laissée guider, et cela l’a mené quelque part où un nœud s’est défait de lui meme parce qu’elle avait confiance et que j’avais confiance en elle aussi… Parce que personne n’est intervenu ou a eu peur quand elle faisait la même peinture 5 fois de suite……. Parce que Mélissa depuis le moment où elle avait voulu faire ce stage, elle avait compris la danse invisible du sens…

Je craignais d’avoir trop parlé, mais je voyais une lumière dans les yeux de cette femme qui me disait que je ne me trompais pas.

« – Vous habitez La Reunion, me demandait elle ?  »
J’ habitais le sud de l’Inde et il ne me restait que dix jours sur l’ile, mais à cette femme, ce jour là et à ce moment là, j’ai senti de dire que l’année prochaine je reviendrai surement.

 

 

34

Texte de Trinity

Photos: source inconnue

Voir la fiche auteur de Trinity

laurence konieczny

La Plume Sauvage, directrice de la publication et éditrice

No Comments

Post a Comment