La Plume Sauvage Editions | « Coming out » de Caroline Moulin
1992
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« Coming out » de Caroline Moulin

« Coming out » de Caroline Moulin

[prkwp_styled_title prk_in= »Il y a 6 mois, j’étais en formation pour devenir coach. Dernier module : celui du « courage« . » align= »Center » title_size= »h3″ use_italic= »No » fount_show_line= »no »]tricker[/prkwp_styled_title][prkwp_spacer size= »30″]tricker[/prkwp_spacer]

 Il est vrai que lorsqu’on entreprend une formation pour devenir coach, on travaille beaucoup sur soi. J’avais d’ailleurs entrepris un travail de développement personnel depuis plusieurs années. Ce qui est ressorti lors de ce module a dépassé mon entendement bien que plusieurs signes étaient apparus sur ma route auparavant. Je ne voulais pas voir. Cette fois là, j’étais prête.

Ce fut une révélation si bouleversante dans ma vie qu’au lieu d’accueillir et de me tourner vers moi, je me tournais une fois de plus vers les autres, décidant de mettre en place un projet humanitaire au moment des terribles tremblements de terre au Népal : Fleurs de Paix. Il s’agissait de partir « Fleurir les coeurs des enfants népalais. Célébrer la paix, l’espérance, la vie, l’amour » . Je ne suis jamais partie au Népal. J’ai une cinquantaine de dessins de fleurs sur mon bureau et elles sont restées là à fleurir mon coeur plutôt que celui des enfants népalais.  L’enfant qui a vécu un tremblement de terre, l’enfant qui avait besoin de ces dessins, l’enfant qui a besoin de l’attention de Caroline adulte : c’était mon enfant intérieur.

Le mot est lâché. Un inceste que ma tête avait occulté pour me protéger et qui est revenu à ma conscience 30 ans après. Cela me demande du courage de m’exposer aujourd’hui. J’ai encore un sentiment de honte, la peur du rejet et plein de voix qui me jugent : « que vont penser les gens »  « elle est folle » « arrête de jouer la victime »  « c’est bon tu n’es pas toute seule à souffrir, les autres se taisent et c’est peut-être pas plus mal » « raconter ça sur un blog, n’importe quoi ». 

Pourtant, l’inceste est plus courant qu’on ne le pense selon l’AIVI (Association Internationale des Victimes de l’Inceste). Bien que des statistiques exactes dans ce domaine soient impossibles à établir, les recherches indiquent qu’un enfant sur quatre serait abusé sexuellement, généralement par un membre de la famille ou autre adulte à qui on fait confiance.

L’inceste constitue une violation tellement traumatisante que souvent les victimes oublient que cela leur est arrivé. Mais les cicatrices émotionnelles sont bien présentes, même si elles paraissent déroutantes à cause de leur manque de signification apparente. Les problèmes continuels dans les relations, la sexualité, la confiance, le contact physique, les dépendances, la dépression et la culpabilité peuvent, quand leur cause est inconnue, donner le sentiment de devenir fou et de perdre le contrôle de soi-même. Il existe bien des raisons aux difficultés qu’on éprouve et ces problèmes sont un moyen de contourner une douleur insoutenable.

Plus on libère la parole, plus on éclaire nos zones d’ombre, plus on évite que ces situations se reproduisent dans nos familles, plus on libère la lumière en nous. Je me sens comme un crabe sans carapace, à nue, fragilisée mais aussi dans la vérité et à l’œuvre pour me reconstruire.

Ce n’est pas parce que j’ai enfoui tout dans un coin de ma mémoire que ça n’a pas eu d’impact dans ma vie. Je vis seule, je n’ai pas construit de famille, mes relations avec les hommes n’ont pas toujours été simples (tendance à vouloir toujours satisfaire l’autre au détriment de moi-même). Et je vis cette ambivalence propre à ceux qui subissent l’inceste :  je ressens une force vitale inébranlable en moi – la « résilience incarnée » – pourtant je ne suis pas toujours capable de mener à terme les projets que je lance (à part ceux où je suis seule et je contrôle tout).  Il arrivait toujours un moment où je me retirais, je fuyais : des relations, des jobs, des projets…

Moi si féconde dans ma tête … Je n’arrivais pas à déployer ce potentiel que les gens voyaient en moi. Sous des apparences de wonder woman, je manquais de confiance en moi. J’avais peur du jugement des autres. Je souhaitais plaire à tout prix. Etre grande. Trouver le prince charmant pour me sauver. Etre aimée.

Je prends soin de moi (période « sans job ») et de mon corps surtout (danse, chant, yoga, marche dans la nature …). Je célèbre (photo, écriture, peinture, rituels, …). Le chemin est long mais depuis que j’ai libéré ma parole auprès de mes proches, je sens que la cicatrisation peut vraiment commencer. C’est comme si j’avais enlevé un énorme bout de verre que je ne sentais plus tellement je m’étais habituée à cette douleur, à vivre avec. Coupée de mon ressenti. Ce bout de verre m’empêchait d’avancer et d’être qui je suis.

Malgré tout ça, je reste certaine que quelque soit nos épreuves, notre âme reste pure et inviolable. Avant de m’incarner, j’ai choisi ces épreuves pour les dépasser et devenir qui je suis. Je suis notamment une briseuse de cycle, une pacificatrice, une réconciliatrice, une guérisseuse-bâtisseuse. Je suis prête à bâtir sur cette faille un belle construction antisismique. Et dans cette construction, il y aura un compagnon à mes côtés, des enfants et un beau projet qui naîtra de « qui je suis ». J’ai toujours eu beaucoup de foi en la Vie, en l’Amour, en Dieu. Désormais je choisis d’avoir foi en Moi.

Je n’oublie pas tous ces enfants qui m’ont confié leurs dessins. J’ai un message de paix à transmettre de leur part. Ca ne sera pas le Népal mais peut-être la France… je laisse les choses émerger … Fleurs de Paix …. Womenity …. je me laisse guider par la vie.

Je clôture une grande année et bientôt je célébrerai Samain, le nouvel an celtique. Je pars ensuite me ressourcer auprès de la mer (« mère ») afin de continuer à nourrir mon être et fêter mes 36 ans 😉

Texte de Caroline Moulin

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laurence Plume sauvage

La Plume Sauvage, directrice de la publication et éditrice

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