La Plume Sauvage Editions | Portrait de Muse : Dorothée Alliot-Goncalves, libre sorcière
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Portrait de Muse : Dorothée Alliot-Goncalves, libre sorcière

Je suis heureuse d’accueillir Dorothée Alliot-Goncalves pour inaugurer cette nouvelle rubrique « Portraits de Muses » qui a une véritable mission: mettre en lumière les histoires des femmes  de tous les horizons et révéler leurs trésors à travers des témoignages et textes intimes profonds et sauvages.

 

Lorsque j’ai rencontré Dorothée la première fois, il y a presque deux ans, lors d’un cercle d’écriture que j’animais, j’ai été envoutée par sa beauté et  cette lumière qui émane avec douceur et puissance de tout son être.

Ses mots sont de la glaise qu’elle va chercher aux tréfonds de son ventre et son petit accent du sud toulousain donne du goût et du piment à sa voix. Lire Dorothée, c’est pénétrer dans une jungle luxuriante et sensorielle d’odeurs entêtantes, d’oiseaux qui roucoulent et de couleurs flamboyantes !

 

Elle nous livre ici quelques pincées secrètes de sa vie et de son chaudron de sorcière !

Vangelis dans les oreilles, un stylo rouge à la main, je vous écris.

Toute simple, je viens de faire le ménage, mes mains sont un peu abîmées et je n’ai pas préparé le repas, mais je vous écris.

J’écris. J’écris comme je parle, comme je respire.

Petite, j’écrivais déjà, et comme je ne savais pas quoi, j’écrivais des majuscules.

C’est beau une majuscule. Je remplissais des lignes, des pages… Et puis, plus tard, j’ai noirci des cahiers de mes peines.

Je suis comme ça, toute simple, toute femme.

Trop droite et parfois bien gauche.

Je cherche mon milieu. J’écris pour le trouver.

Je suis Verseau et Verso. Toujours de l’autre côté.

Toujours en interrogation, toujours où les autres ne sont pas. Toujours je me demande, vers où je vais ? Vers où j’écris ?

A quoi ça rime ? Ou à quoi m’arrimer ?

Je suis un petit bout de poésie, un petit radeau perdue sur l’eau qui se donne des airs de paquebot.

Je suis tout cela et aussi tout le reste. Je regarde l’horizon, les îles lointaines, à l’avant sur la proue. Je suis une femme debout.

LIBRES SORCIÈRES

 

Il fait gris et j’ai froid dans le silence

Mes sœurs et moi, les unes contre les autres

Sous nos masques depuis la nuit des temps

Depuis le jour où l’on nous a chassées

Un soleil orange pleurait derrière les montagnes.

 

Nous avons marché, enchainées, sur un long chemin au-delà de la ligne d’horizon.

La lune était là, nous accompagnant jusqu’au bûcher.

 

Elle nous souriait jusqu’à la dernière flamme.

 

Je l’entendais murmurer à mon oreille :

« Ce n’est qu’un au revoir

Bientôt, bientôt, crois en moi

Je vous délivrerai, je vous délivre déjà. »

 

Des années, des siècles, là, dans le Ventre de la Terre, nous nous sommes réfugiées.

Nos corps en poussière mais nos esprits encore vivants.

 

On s’occupe comme on peut dans notre cave. On fait bouillir les marmites sous les volcans. On donne à boire aux germes. On récupère et garde au chaud les énergies, les sèves, les trésors, les dépouilles.

On s’est accoutumées à notre nouvel espace, blotties au centre de la Terre, dans les cendres de celles que nous avions été.

 

Nos souvenirs sont devenus des légendes

Nos images ont été détruites, salies, souillées, dénaturées.

Nous qui étions si bonnes, si saines, si vraies

Condamnées à l’oubli pour l’éternité.

Nous avions presque oubliée qu’un coin du ciel nous appartient et que le soleil brille aussi pour nous.

 

Et puis, un jour, il planait une musique puissante dans les roches et les argiles. Il nous semblait reconnaître la 7ème symphonie de Beethoven.

Elle venait de plus en plus clair nous appeler.

 

« Venez, venez, c’est le moment chantait-elle.

Sortez, sortez, l’heure est venue »

 

Les émotions contenues jusqu’à lors, dans notre étau de désarroi et de tristesse ont pu jaillir au grand air.

 

« Libre, libre » hurlaient nos âmes.

 

Crescendo, dans un accouchement doux, douloureux et sensuel, nous nous sommes un peu plus assises en Terre, dans l’arc sacré de notre Ventre, plantées à jamais.

 

Et notre âme s’est envolée. Nos âmes sur les archers des violons, emportées par la grâce de la 7ème symphonie de Beethoven.

 

Nos âmes ont volé dans le ciel, nos robes s’accrochaient aux nuages crevant de désir.

Tout se rallumait.

Nous rallumions la flamme au sommet des grands arbres et de chaque brin d’herbe.

Nous rallumions la magie de l’esprit de chaque créature.

Et nous buvions à la rivière de la Vie, oui nous buvions, assoiffées que nous étions.

 

Toutes, la main dans la main, formions une grande ronde.

Nous avons pleuré notre joie et notre souffrance.

Nous avons crié notre douleur, l’injustice et le pardon.

Nous avons hurlé telles des louves et appelé plus loin nos sœurs des autres meutes, des contrées lointaines, d’autres cultures et d’autres Mondes.

 

Unies, nos énergies ne formaient plus qu’une grande lumière blanche, celle que l’on sait sans pouvoir la voir.

 

Oh il ne fallut pas longtemps pour que les êtres s’éveillent et ouvrent les yeux un à un et nous reconnaissent.

Et nous, reconnaissantes, de notre renaissance distribuions les fruits mûrs cueillis par nos mains et portés dans nos tabliers.

 

Nous sommes ainsi, nous ne demandons rien sinon faire ce que nous savons faire : distribuer du bien

Et tisser des draps de lin, de soie, de soin, de dentelle, de poésie, de velours, de vérité.

Nous sommes les accoucheuses des mondes nouveaux, des lendemains qui chantent, des destinées peintes aux couleurs de l’amour.

 

Et alors que nous portions encore nos habits d’humus, nous avons repris notre apparence humaine.

 

Ne touchez plus à nos filles qui arrivent après nous.

Elles sont fortes mais encore fragiles.

Elles sont puissantes et insoumises.

Elles chantent le titane et les diamants

Elles n’ont peur de rien, de rien.

Elles sont plus fortes et plus douces que jamais.

 

Elles sont belles, elles y croient. Elles sont artistes, thérapeutes, médium. Elles sont étudiantes, chefs d’entreprises ou écrivains. Elles sont commerçantes, elles travaillent de leur main, qu’importe.

Elles ont 60 ans ou 2 ans, Elles sont encore dans le berceau mais dans leurs yeux brûlent la flamme de nos bûchers.

 

Elles accompliront leur mission.

 

« Libre, libre » hurlaient nos âmes.

 

Crescendo, dans un accouchement doux, douloureux et sensuel, nous nous sommes un peu plus assises en Terre, dans l’arc sacré de notre Ventre, plantées à jamais.

 

Ne touchez plus à nos filles qui arrivent après nous.

Elles accompliront leur mission.

 

Et nos âmes se sont envolées sur les archers des violons, emportées par la grâce de la 7ème symphonie de Beethoven.

 

Ne touchez plus à nos filles qui arrivent après nous.

Elles accompliront leur mission.

Elles accompliront leur mission.

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INTERVIEW

Chère Dorothée,

Merci de ce texte qui vient faire vibrer nos plus anciennes et sauvages mémoires.

Peux-tu nous dire comment cette énergie archétypale de sorcière a résonné dans ta vie ?

 

Un jour, ma mère a trouvé mon journal intime. Où l’a-t-elle trouvé ?  A-t-elle fouillé dans mes affaires ce jour-là ? Est-elle tombée dessus par hasard ? Ces questions restent encore sans réponse aujourd’hui.

Ma mère m’a paru en colère, apeurée, triste, désespérée. Je ne me souviens plus de tout, il ne me reste en mémoire que la scène finale et la sentence : nous sommes allées au fond du jardin, là où mon père brûlait les feuilles d’automnes et les vieilles branches. Et là, ma mère m’a demandé de brûler le journal.

Et je l’ai fait.

Mon journal, une partie de moi, certainement la plus précieuse, réduit en cendres.

Je me suis sentie brûler de l’intérieur dans une colère immense. Brasier de rage en réaction à l’injustice et à l’humiliation dont je me sentais victime.

J’aurai préféré qu’on me rase le crâne mais ma mère aimait mon allure de jeune fille sage coiffée de tresses brunes.

Ce fut-là mon premier bûcher au pied d’un pêcher… ça ne s’invente pas… Un vieux pêcher rabougri qui donnait des pêches de vigne. S’agissait-il d’un pêcher ou d’un arbre à péchés… ? Je n’avais rien fait de mal, pourtant… Je n’étais pas méchante. J’étais si tendre, si fragile à l’intérieur….mais j’intégrais instantanément que j’étais une vilaine fille, qui écrivait de vilaines choses. J’étais une vilaine sorcière qui faisait le mal.

Dix ans plus tard, j’étais dans une relation très déséquilibrée avec un garçon. Je le trouvais plutôt bête et prétentieux, mais j’aimais tant le regard qu’il posait sur moi. Il me trouvait belle et disait que  j’étais une sorcière qui l’ensorcelait.

Une sorcière ? Je voyais un nez crochu, une verrue, un balai, de la bave de crapaud… j’écartais ce qui semblait être un compliment dans sa bouche. Pourtant ce mot résonnait en moi, il faisait écho à quelque chose de profond.

Les sorcières seraient-elles jolies ? Ce que je savais c’est qu’on les brûlait vives. Et d’y penser me remuait le ventre et remontait alors le souvenir de mon journal intime, en cendres, au pied du pêcher.

J’étais une sorcière, c’était sûr !

Encore plus tard, lors de ma reconversion professionnelle d’un métier bien policé au métier de thérapeute,  le traumatisme de la sorcière sur son bûcher, condamnée par la société est revenu. Oui, j’avais peur qu’on me prenne pour une folle, qu’on me chasse ou qu’on me lynche…

Mais depuis j’ai compris !

J’ai compris qu’une sorcière est une femme qui soigne avec ce qu’elle est : son principe féminin, intuition, empathie, écoute, accueil, connaissance de la nature et de ses cycles ?

Une femme indépendante et émancipée. Une femme qui ne s’est pas rangée derrière un homme et une science.

Les sorcières ne vivent pas au royaume de l’ombre, elles dansent dans la lumière. (Elles ont simplement dû se cacher et sortir la nuit, pour ne pas se faire prendre par ceux qui étaient gênés par elles.)

Les sorcières vous encouragent à trouver votre source de lumière, celle qui vous éclaire.

Maintenant, je vois la sorcière que je suis, lumineuse, toute drapée de blanc, la chevelure flamboyante et sauvage.

La sorcière que je suis est auréolée de soleil.

La sorcière que je suis ressemble plus à une sainte qu’à une diablesse.

Elle ouvre grand ses bras et donne chaleur et repos.

 

Peux-tu nous partager un autre moment clé de ton histoire, moment-levier où tu as décidé de te lancer dans un vie plus libre et créative, qui te ressemble, au niveau personnel et professionnel ?

Une grosse dispute avec mon mari en février 2013, qui durait, qui durait. Tout était sombre et triste en moi. Je me sentais étouffer et m’écrouler. J’ai suivi une intuition : appeler Geneviève, et à partir de là, j’ai suivi le fil de cette intuition, j’ai rencontré Sylvie et cette rencontre m’a donné le courage de me dévoiler et rendre public un changement professionnel qui n’était que la partie montrable du début de ma métamorphose. Puis l’intuition d’animer une émission radio, puis proposer à Carlos d’écrire des poèmes sur ses peintures, puis animer un atelier d’écriture dans un salon d’art, puis me dévoiler davantage encore en montrant mes dessins, puis répondre à l’appel à textes de la PlumeSauvage etc. De fil d’intuition en aiguilles de courage, j’ai tissé, j’ai tissé !

Qu’est-ce qui t’inspire dans la vie ?

La beauté de la nature, la roue des saisons, les couleurs, certaines rencontres « vraies » (quand je parle avec qqun et que j’ai la chair de poule), l’authenticité des gens de la campagne qui ont encore ce qu’ils appellent « le bon sens », les voyages, les musiques de Madredeus et Einaudi, mes cheveux dans le vent.

Comment s’exprime ta créativité ?

De multiples manières : écriture (textes, poèmes), dessin peinture et collage, décoration de mon intérieur (très important car je projette sur mes murs ce que je suis, et je me nourrie aussi de ce dont je m’entoure, ça communique dans les deux sens), mise en place d’ateliers pour les femmes avec découverte d’une pratique aidant à se libérer (chant, mouvement, olfacto, photo…)

Quelle est ton histoire avec l’écriture ? Comment l’écriture est venue dans ta vie, quelle relation as-tu avec elle? Qu’est-ce que tu aimes écrire ?

L’écriture est arrivée très tôt dans ma vie, comme le dessin, car petite fille, j’ai passé beaucoup de temps seule chez moi. J’ai aimé lire et j’ai beaucoup lu. J’ai eu envie d’écrire moi aussi des histoires. J’imaginais des romans dans ma tête que j’essayais ensuite de retranscrire sans jamais arriver au bout. J’ai un monde intérieur très vaste, riche de voyages et de ma double culture.

Ecrire n’a pas de limite, j’ai souvent l’impression que je puise à travers l’écriture, des petits bouts de connaissance de mes vies d’avant. Il me vient des idées, des messages, des images, des sensations qui me semblent d’un autre espace et d’un autre temps. Il y a quelque chose de trans-personnel là-dedans.

Ce que j’aime le plus, c’est ce qui arrive hélas rarement : quand je suis dans un état « second » et que j’écris sans rien maîtriser, en pleurant souvent, c’est alors qu’arrive mes plus beaux textes, comme un trésor bien enfoui que ma douleur est allée déterrer. Dans ces moments là, je me sens être simplement la scribe d’une dimension invisible.

Quel est ton livre de chevet ?

Actuellement, « Les 13 mères originelles » de Jamie Sams

Quelle Femme connue ou moins connue t’a marqué et inspiré dans ta vie ? Pourquoi ?

Oh il y en a tant !
Marie-Madeleine Alliot, la grande tante de mon mari qui m’a initiée, puis plus tard formée à la métathérapie. Geneviève Lacouturière qui  m’a dit un jour avec ses yeux pétillants, : « toi, faut que tu fasses quelque chose de ta grande puissance »
Sylvie Ruscart qui, quand je l’ai rencontrée, parallèlement à son métier d’infirmière, osait parler d’hypnose et développer sa pratique alternative publiquement.
Sandrine Rouillon qui dans ses ateliers a remis un pinceau et un stylo dans mes mains.
Laurence de La plume Sauvage qui a refait battre mon cœur d’écrivain

et sinon :
Teresa Salgueiro, la chanteuse de Madredeus, parce qu’elle est divine
Amma, parce son visage rond, sa bonté et ses robes blanches me parlent, me parlent, me parlent d’une mémoire ancienne.
Et puis il y a les hommes aussi !!!

Un conseil pour être + créative dans la vie ?

Avoir chez soi, un espace de création toujours prêt avec quelques feuilles, de la couleur, des magazines, des matières. Ainsi, il suffit de s’asseoir là et commencer tout de suite (il n’y a pas à tout sortir des placards)

Ma p’tite bio pro

 

Je suis accompagnante. J’aide les personnes à travailler sur leur ressentis intérieurs, à se libérer de ce qui les entrave, à s’accomplir tout simplement. Je suis formée en sophrologie, métathérapie et coaching. Avant, j’étais responsable administrative et financière en entreprise, mais ça, c’était avant !;)

 

Site Web : saccomplir

laurence Plume sauvage

La Plume Sauvage, directrice de la publication et éditrice

1 Comment
  • STEPHANIE
    Répondre

    si belle Dorothée, tendre et unique

    23 mai 2018 at 12 h 47 min

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